Heureusement je ne suis pas trop chevronné en matière de dessalage, et mon épisode n'avait rien de glorieux ! Disons qu'il a été l'occasion de pratiquer en situation réelle l'exercice que je repoussais toujours
Il y a fort longtemps, dans une contrée fort lointaine (rade de Brest, Finistère) je me baladais en mode croisière/voile-aviron. Après quelques jours agréablement passés sur l'eau, il était temps de retourner à la cale de Trégarvan. Le vent souffle frais, et la météo prévoit que ça va encore forcir.
Je remonte l'Aulne, et au fond de la gorge de Térénez je suis tellement abrité du vent que je relâche les ris pris dans la voile, histoire de ne pas avoir à tirer sur les avirons (1ère erreur !) Au dessus de moi les nuages filent vite, tandis que je ne ressens quasiment aucun souffle...
Sorti de la gorge, il ne me reste plus qu'un mille à parcourir, j'ai la flemme de reprendre un ris alors que la rivière s'est élargie et que le vent est plus soutenu (2e erreur !) Au vent arrière, je me paie un petit bord bien rapide et déjà la cale d'arrivée n'est plus qu'à 200 mètres.
Et là, grosse rafale ! Je ne peux pas tenir mes 10m², je relâche en grand l'écoute en espérant que la voile se mette en drapeau devant le mât (mon écoute est suffisamment longue pour que quand j'arrive directement sur la plage étrave en avant, je lâche tout et la voile se met tranquillement en drapeau). Bon ben, j'ai appris depuis qu'il ne faut pas faire ça

La bôme s'envole, la voile se gonfle et me fait chavirer SOUS le vent.
Je suis perplexe, mais surtout je suis à la patouille. Le mât en bois empêche le bateau de se retourner complètement.
Je porte mon gilet de sauvetage de kayak qui ne me gêne pas pour nager. Je commence par rattraper tout ce qui tente de s'échapper, mais tout étant bien sanglé c'est vite fait.
Je fais alors le tour du bateau pour attraper la dérive (dérive sabre, maintenue en place par un sandow) et en tirant dessus, le bateau se relève facilement. Pour remonter à bord, je prends appui sur le pare-battage, fixé en permanence sur le plat bord. Je me hisse, et le bateau se recouche illico de l'autre côté...
Avant de faire une deuxième tentative, je libère la drisse, histoire que la voile ne m'embête pas. Je me rehisse à bord, et cette fois la voile avec la bôme et la vergue reste à tremper dans l'eau, ce qui stabilise le bateau, et me voilà donc dans le cockpit bien rempli. Emma est équipé de caissons étanches avant et arrière, mais tout le reste est une grande baignoire. Le saint seau entre alors en action pour écoper, ça réchauffe ! À propos, j'étais en tenue normale pour naviguer dans la région en plein été, à savoir pull et pantalon polaire, ciré et salopette

Il n'y a pas de vagues à ce niveau de la rivière, le niveau d'eau dans le bateau est inférieur au dessus du puits de dérive, je n'ai pas de problème pour assécher le bateau. S'il y avait plus de vagues, ç'aurait pu être une autre paire de manches... Le bateau restait bien stable.
Pendant ce temps, un voilier s'est dérouté pour m'aider, mais comme je me débrouille tout seul il reste juste en surveillance. Merci à eux
Je rejoins la cale à l'aviron, et il ne me reste plus qu'à sortir le bateau de l'eau. Sur la remorque, je peux voir que mon caisson arrière n'est pas spécialement étanche, et que ma cambuse non plus.
Les leçons apprises :
- le "death roll" au vent arrière est radical, ne pas laisser la misaine passer devant le mât. exemple :
- pour avoir moins d'eau dans le cockpit j'ai rajouté des blocs de mousses sous les deux bancs latéraux. Ça compense si le caisson arrière fuit, ça centre l'eau au milieu du cockpit pour éviter l'effet de carène liquide, et ça surélève le bateau quand il est couché pour moins embarquer d'eau quand on redresse. J'ai remis à demain le test de la nouvelle version
- c'est indispensable de prévoir une aide à la remontée à bord : dans mon cas un pare-bat', ça peut être un bout' dédié comme dans cette vidéo :
Voilà ce qui me revient en tête. Si je n'avais jamais pratiqué le dessalage, je m'y étais au moins préparé mentalement, je savais quelle manœuvre j'aurai à réaliser, et tout s'est déroulé selon le plan. Heureusement
D'autres questions ?

Je suis un acrobate masochiste ordinaire.
Accessoirement président de l'asso, modo, webmaster.