Luc a écrit :j'adore ce mot, épitre. Quel rapport avec les épitres pauliniens? Il doit y avoir un lien sémiologique: un coin que l'on enfonce pour que le reste tienne debout ?)
Épite, épite... L'origine est beaucoup plus prosaïque : ça viendrait de l'espagnol
espicha, c'est à dire le coin que l'on enfonce pour mettre en perce des tonneaux de cidre...
Sinon :
GOURNABLE
Cheville de bois qui traverse toute l'épaisseur d'un vaisseau de dehors en dedans. Elle sert à attacher le franc bord sur les membres ; cette liaison est bien préférable au clou ; elle ne rouille point et s'identifie si bien avec le bois, qu'elle fait corps avec lui et ne largue presque jamais. On enfonce la gournable à refus de maillet, ensuite on la coupe bien ras, on y enfonce un poinçon carré, et dans le trou de ce poinçon on enfonce une épite que l'on croise de deux coups de clavet. On fait la même opération en dedans, excepté qu'au lieu d'une épite, on y enfonce un coin qui entre plus avant. Lorsqu'en frappant la gournable, elle commence à faire effort pour entrer dans son trou, on l'environne d'étoupe avec un peu de goudron pour la rendre bien étanche : cette précaution est d'autant plus nécessaire que la gournable faite grossièrement avec le couteau à deux manches n'est jamais bien ronde, et quoiqu'elle pût faire force dans son trou, elle pourrait cependant ne pas le remplir.
EPITE
L'épite est une petite broche de bois carrée, pointue par un bout, et dont on se sert pour remplir tous les trous que laissent les clous de doublage, quand on les arrache du franc bord. On les frappe à refus de marteau, à petits coups, et le calfat les érase avec son fer tranchant.
Il en est une autre plus grosse, plus courte et plate, que l'on enfonce un peu ferme dans le bout des gournables, tant dehors que dedans, pour les gonfler et leur faire bien remplir leur trou ; on prépare leur place d'un coup de clavet à clou, ou même souvent, avec un petit poinçon qu'on nomme épitoir ; dans le premier cas, c'est le calfat qui la place et dans le second c'est le perceur. On ne peut trop y veiller, les gournables donnent journellement des voies d'eau.
Répertoire polyglotte de la marine, à l'usage des navigateurs et des armateurs
Louis-Marie-Joseph O'Hier de Grandpré (1829)