Je ne sais pas si vous connaissez Sète, mais si vous répondez non, il va falloir corriger ça rapidement. Sète, c’est la dernière ville portuaire du littoral méditerranéen français avec encore du charme. C’est une ville construite sur son port, entre la mer et l’étang de Thau, qui vit au rythme de ses ponts levants qui s’ouvrent pour laisser passer les voiliers. C’est une ville à la croisée du Canal du Midi et du Maghreb, dont le quai principal s’appelle le Quai d’Alger. C’est un port, cosmopolite, espagnol, italien, mais pas que, bariolé, de pécheurs et de commerçants. Où on trouve des thoniers au quai d’honneur. Bref, une vraie ville du sud, ouvrière, populaire (enfin, encore un peu…), au cœur d’une tradition navale séculaire, entre Marseille et ses pointus, et la Catalogne et ses barques. En ajoutant toute une flottille de bateaux de travail issus des conditions particulières de l’étang, avec ses nacelles, négafols et autres noie-chiens.
Alors vous comprendrez que quand on parle bateau à Sète, c’est pas de la plaisance pouêt-pouêt ; c’est du bateau de travail, du vrai, qui sent le bois, le goudron, le poisson et le mazout.
Au bord de l’étang, il y a une rue qui s’appelle la Rue des Chantiers. Là, au début du siècle, il y avait une dizaine de chantiers navals et des centaines de charpentiers et d’ouvriers. Aujourd’hui, il n’en reste plus qu’un, au n° 24, le Chantier de la Plagette. Construit en 1930 et exploité pendant trois générations par la famille Aversa, puis repris en 1983 par un charpentier formé là, Nanou de Santis. En 2002, à sa retraite, le lieu sera repris par l’association, qui hérite ainsi d’un lieu historique.
Et le lieu est magique, hors du temps. Au bord de l’étang de Thau, les bers sont toujours là, avec 200 m de rails. Les treuils aussi sont toujours là, depuis 1930, à sortir et mettre à l’eau des bateaux en bois.
Un lieu hors du temps, vraiment, dans son jus, comme la salle de repos qui semble encore attendre les charpentiers. Témoin d’un passé et d’une tradition. À tel point qu’il est régulièrement utilisé comme lieux de tournage de films.
Mais un lieu vivant, car il y a du monde partout, travaillant soit sur les bateaux de l’association (il y en a onze !), soit sur ceux des adhérents.
Et ces bateaux-là, c’est uniquement ceux qui sont en état de naviguer. Des petits, et neufs, comme Bèla Latina, un barquet construit en 2002 avec des élèves de collège.
Ou des plus grands, comme Thétis, bussi catalan.
Sans oublier Hébé, barquette marseillaise de 6m60, construite à Sète en 1957, à quai avec d’autres en plein cœur de Sète.
Et puis, il y a l’atelier. Avec ses machines à bois. D’époque, hein. À utiliser avec quelques précautions. Mais qui sont encore prêtes à sortir une varangue ou un bordé.
Car il y a du travail. L’association récupère, souvent tout simplement suite à des dons, des bateaux. Charge à eux de les restaurer et de les faire naviguer.
Comme cette magnifique barque norvégienne à clins, entièrement rivetée cuivre. Oui, norvégienne. Venue de Norvège à la rame et à la voile, et laissée sur place, à Sète. Après des années dans un garage, elle est aujourd’hui le prochain chantier de l’association.
Enfin, le prochain chantier. Un des prochains chantiers. Car il y a aussi l'Albatros, barquette de 5m50, construite en 1955 pour la plaisance par le père de Micheline, adhérente de l’association et qui lui a confié ce bateau, qui doit maintenant reprendre vie.
Et puis, il y a d’autres types de projets. Comme le Grand Hangar. Construit en 1965 pour sortir en six mois un chalut de 18 m, il attend des finances, des autorisations… Pourtant, avec ses parois en bois qui laissent traverser le mistral, il a quand même fière allure…
Et là aussi, il y a des bateaux à restaurer. Comme Paulette, barquet de 17 pans à Jules Milhau (1903 – 1972), homme politique du Languedoc, économiste et spécialiste des politiques viticoles.
J’ai beaucoup décrit le lieu et les bateaux, mais il ne faut pas oublier les gens qui font vivre cet endroit. De leur passion discrète, de leur accueil, de leur chaleur, de leur enthousiasme.
Sachez que ces bateaux, il faut les faire naviguer, les faire vivre, les montrer. Montrer que le Sud a aussi un patrimoine maritime. Alors il y a bien les grands rassemblements de voiles latines, notamment avec les voisins catalans. Mais c’est des bateaux à sortir tous les week-ends ! Et l’association manque de volontaires pour les faire naviguer… Enfin, je n’ai rien dit…
Je terminerais juste sur une note plus personnelle. Il y a quelques années, je m’étais passionné pour les bettes, tentant d’en tracer un plan pour une adaptation en contreplaqué-époxy. Et là, sous une bâche (oui, les pigeons…) on a fini par me montrer Rondine, noie-chien (négafol) de 16 pans (4 m) construit dans le Gard par un atelier défunt depuis 2006, Marine Latine, sur plan de Christophe Gassin.
Et vous savez quoi ? je crois que j’ai trouvé mon bonheur…
Si vous êtes dans le coin, passez voir le chantier et l'association (http://voilelatinesete.org). Vous ne le regretterez pas. Et sachez que Bateaux Bois est plus que bien accueilli (et a même quelques inscrits discrets
Un grand merci à Philippe Carabasse, président de l’association, et à tous les adhérents qui nous ont chaleureusement accueillis, mon épouse et moi-même. On se reverra !
Et si vous voulez contribuer à un autre projet, allez voir du côté de https://leloud.org : ça ne vous dirait pas de contribuer au sauvetage du Haj Ameur, un des derniers loude des îles Kerkennah (Tunisie) ? Avec ses membrures et allonges en olivier ?


